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Modérateur: B. Serve, directrice adjointe de l'AMO à l'Uche à Nivelles Avec la participation de: - D. Nyssen, directeur de l'Athénée de Welkenraedt et président du CAAJ de Verviers Introduction du thème Pour Madame Casalengo il y a deux types d'actions prioritaires; la mobilisation et la médiation. Pour mettre en place un dispositif efficace, il faut constituer un collectif rassemblant tous les partenaires comme les professeurs, les directeurs, les éducateurs, les parents... Le dialogue entre les parties doit être basé sur une reconnaissance et confiance réciproque. Il est aussi évoqué l'effet du clientèlisme qui conduit à un dysfonctionnement caché de l 'école; on ne parle pas des problèmes afin de conserver son quota d'élèves. Monsieur Sonville présente le résultat de deux enquêtes menées sur le sujet; il en ressort que les cas de racket sont en diminution par rapport à d'autres faits. Mais il faut tout de même traiter le phénomène en mettant en place un travail de collaboration et penser à la remise en place de la reconnaissance de l'autorité du corps professoral. Il privilégie ces méthodes plutôt que d'user de l'acte d'exclusion de l'agresseur , ce qui représente un échec. L'exclusion est une réponse peu adaptée au problème du racket,il faut privilégier la médiation qui évite tout effet de stigmatisation. Madame Desmedt argumente aussi l'effet positif d'un travail de partenariat avec les associations. Il faut être attentif aux premiers signes qui conduisent à l'acte du racket; ne plus banaliser les comportements d'intimidation de 'bouc émissaire', des petits faits qui se multiplient....
A ce propos, pour contrer le développement de ce type de climat il faudrait assurer une formation au personnel encadrant. Monsieur Balcaen informe l'assemblée de l'existence de la campagne de consultation des enseignants lancée par le Ministre Nollet et pense que la remise à jour de la notion de respect pourrait être un moyen de prévention. Monsieur Nyssen présente le problème de la mobilité qui peut être un terrain favorable au développement du racket: plus les jeunes doivent parcourir des distances et multiplier des moyens de locomotion et plus ils peuvent être confrontés au phénomène. L'endroit où se situe l'école peut aussi être un agent défavorable. Il met aussi l'accent sur le fait qu'il ne faut pas fustiger les sections professionnelles; élève de professionnel ne veut pas dire être plus présupposé à devenir un agresseur. Débat - échanges Le fait d'être un agresseur n'est effectivement pas lié ni à la pauvreté ou ni à la précarité. Le phénomène du racket peut commencer dès la maternelle par le fait de voler la collation. Dans le secondaire, il pourra plutôt s'agir de vêtements ou de GSM.....Il faut donc agir dès le premier vol. Suite aux différents échanges, il est apparu qu'il y avait différents types de victime mais aussi différents types d'agresseur. Pour comprendre l'origine du basculement vers le racket, il faut prendre le jeune dans sa globalité: famille, entourage, etc. et prendre en compte quelles sont les règles de vie inculquées au jeune. Subit-il la pauvreté, a-t-il été sensibilisé à la notion de civisme ou de respect? La racket est-il un moyen pour ce jeune de se faire de l'argent par la revente de l'objet volé, ou bien n'est-il que le réflexe de prendre ce qu'il n'a pas la chance d'avoir? Est-ce pour lui un test d'appartenance à un groupe, à un lieu, à un quartier, à un « combat » d'expansion de territoire, de reconnaissance. Est-il lui-même racketté?. Il est un fait que l'on parle très peu du phénomène du racket et qu'il y a très peu de cas dénoncés par rapport à des actes de violence physique ou des problème de drogue. Mais il faut prendre conscience de sa présence et ne pas attendre que cela prenne des proportions alarmantes et des suites dramatiques pour la victime. Pour prévenir, il faut donc faire de la prévention au niveau des écoles en développant des endroits d'écoute et des moyens écrits comme, par exemple, le règlement d'ordre intérieur de l'établissement en associant les élèves à la lecture et à la discussion de celui-ci. La prévention et la médiation ne doivent pas faire oublier qu'à certains moments il faut appliquer la sanction; le racket est un délit punissable par la loi. Cependant, le côté justiciable de l'acte ne doit pas être d'office envisagé dans sa forme de sanction pénale, la justice peut mettre en place un système d'accompagnement des deux parties, mais dans ce cas se pose le dilemme de la mauvaise publicité pour l'école. Lorsqu'on entre dans le processus pénal, qui se traduit par le dépôt d'une plainte, celle-ci se fait en dehors de la structure scolaire. Cependant, si l'agresseur et la victime sont tous deux du même établissement; ce sera à l'école à gérer « l'après plainte », car les deux parties vont se retrouver à fréquenter le même espace. Il est alors nécessaire de mettre en place un suivi pour les deux parties en y associant d'autres partenaires comme les parents, des associations... Pour répondre aux attentes de la victime, on peut proposer un système de médiation, un travail de collaboration avec le PMS, parents, agents de justice, police. N'oublions pas que le travail avec les parents peut être un soutien pour la victime car il est fréquent que le jeune n'ose pas avouer qu'il a été racketté. Comme cela a été dit précédemment, l'école doit être vigilante et agir dès qu'il y a un seul petit fait de racket. Le climat de réactivité ou de non réactivité développé au sein de l'école est d'une grande importance et favorisera ou non le développement du phénomène.. Le silence de l'école et/ou de la victime fait /font la force de l'agresseur. Développer la communication est un acte de prévention. Cette notion de prévention pourrait être insérée dans le projet d'établissement, celui-ci mentionnerait une personne de référence, désignée par les jeunes. Pour rendre cette mesure efficace, il faudrait sensibiliser les professeurs au problème et les former à l'écoute. Il faut ouvrir l'école à la concertation et au travail en réseau. Reclarifier les rôles de chacun au sein de l'école, rendre (ou prendre )l'autorité selon les niveaux de pouvoir, réinstaurer un règlement légitimé par les toutes les parties. Repenser l'accueil des enfants dès la rentrée, travailler conjointement l'organigramme de l'école, permettre l'accessibilité des postes de direction. Ouvrir ses heures de cours à l'écoute. Prendre des heures pour construire un réseau mettre en place un travail de collaboration. Il est à noter que le décret-mission prévoit que des heures soient consacrées à l'éducation de la citoyenneté, tout un travail de valorisation et de reconnaissance de ce temps d 'écoute est à faire. Le représentant d'une cellule de prévention explique que, par son expérience de travail avec l'école, il a constaté que les réunions entre professeurs ne sont plus que des conseils de classe qu'il n'y a plus de réunions de concertations et d'échanges de pratiques. Certains professeurs de religion/morale ont supprimé de leurs cours les matières comme le respect, le civisme qui seraient jugés trop 'ringards'. Il est apparu également qu'il faut travailler la notion de racket avec les jeunes. Il s'est avéré que pour une partie de ceux-ci, il n'y a racket que s'il y a violence physique. Dès le plus jeune âge, le processus du racket peut se mettre en place dès l'apparition de violence verbale, du 'troc' de la collation, de la mise à l'écart systématique des jeux à la récréation, du fait de toujours cibler le même enfant à qui on demande de prêter son matériel scolaire... Cette somme de petits faits conduit à développer le racket au sein de l'école. C'est aux professeurs et à la direction d'être vigilants et surtout d'agir dès l'observation de tels faits.
La réinstauration de la notion de respect doit aussi bien être une politique de l'établissement scolaire, que de l'opinion publique ainsi que de l'autorité publique. Il est vrai que l'accumulation du nombre de réformes n'a fait que d'affaiblir le statut du professeur. Il faut travailler la notion de profil de jeune racketté, une observation de départ permettra alors de cibler les jeunes qui sont automatiquement mis à l'écart et isolés. Pour être totalement efficace, il faut cependant penser à quelle prise en charge et à quelle méthode pédagogique faire appel pour y remédier ainsi que de former les enseignants à ces signaux précurseurs. Le travail doit aussi rassembler toutes les parties: enseignants, direction, parents associations... Beaucoup de professionnels de l'éducation et de l'accompagnement reconnaissent que le problème du racket doit être traité dès son apparition, si minime soit-il. La communication est un moyen de prévention efficace pour les deux parties. Mais ce moyen doit aussi faire l'objet d'une réflexion quant à son utilisation, à sa destination, à sa finalité, à ses répercussions... Il faut travailler la communication en y ayant assimilé la notion de confiance. Il faut aussi prendre conscience que cela demande du temps pour que les gens se disent, parlent, se confient. La parole blesse aussi; il faut accompagner le parent qui apprend que son enfant fait du racket. Penser la place que l'on va donner à la parole au sein de l'école, la parole des professeurs, celle des parents, celle de la victime, celle de l'agresseur; car la pratique de la communication peut conduire à créer de la violence. Pour éviter ce genre de dérapage, il est nécessaire de travailler la socialisation du jeune et de développer cette méthode comme une formation pédagogique à part entière.
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| Je me vois placé entre cet exposé très remarquable de Jean BLAIRON, qui dresse déjà une excellente synthèse du colloque, et les conclusions de celui-ci par Monsieur l'Echevin de l'Enseignement. Pris ainsi en sandwich, je dois faire une carte blanche en respectant les instructions que j'ai reçues, c'est à dire d'abord rapporter aussi bien que possible ce qui s'est dit dans l'atelier, et y ajouter éventuellement - m'a-t-on dit - quelques considérations personnelles. Donc vous serez vraiment très indulgents! La carte blanche qui m'est impartie traite de la difficulté d'agir en matière de racket au niveau scolaire. Je vais faire un exposé pas trop long, en trois points. Premier point. Je ferai donc d'abord état de ce que j'ai entendu et retenu de ce qui s'est dit dans l'atelier. En commençant par ce qui s'est dit lors des présentations parce que des observations importantes y ont déjà été formulées. Je relève ainsi les points suivants: - la difficulté d'agir en matière de gestion de la violence à l'école, dont le racket, d'une part et le "clientélisme" scolaire qui tend à occulter les problématiques, d'autre part; - l'exclusion scolaire est une mauvaise solution en soi il vaudrait mieux y substituer un accompagnement des deux élèves, aussi bien l'auteur que la victime; - l'importance de la loi du silence; - l'importance de l'attention aux petits faits de la vie quotidienne à l'école pour y repérer les indices de violence; - l'importance de la liaison avec le projet pédagogique où l'on peut déterminer l'action à conduire par rapport à tous les faits de violence; - enfin, la nécessité de ne pas stigmatiser les élèves de l'enseignement professionnel comme seuls auteurs d'actes de violence. Deuxième point. J'ai relevé ensuite, parmi les interventions du public et les réactions des membres du panel, les points suivants: - il faut éviter de lier pratiques de violence à l'école, dont le racket, au niveau sociologique de sa population. Dans des écoles élitistes, il existe aussi de tels phénomènes, même s'ils se manifestent autrement; - parmi les questions à se poser figure notamment celle ci: il faut réapprendre les règles élémentaires de civilité, c'est une question de civisme; - le racket est effectivement une recherche d'identification à un groupe et/ou à un lieu. L'école est souvent un nouveau "territoire" à conquérir; - parlons davantage de prévention: il faut dans chaque école un règlement d'ordre intérieur écrit et qui soit commenté aux élèves et aux parents. Il faut peut-être plus encore, un lieu, une personne où l'écoute de la victime soit assurée (médiateur, agent PMS ....) J'ajoute: "pourquoi pas un enseignant?"!; - parlons aussi de sanction: il faut sanctionner les délits graves, mais il y a des incidences sur l'image de l'institution. J'ajoute: "tiens, tiens!". - iI faut conduire les parents de la victime à signaler les actes graves à la justice; et ce, avec l'aide de l'école. J'ajoute: "et pourquoi pas l'école elle-même?"; - la médiation n'est pas exclusive de sanctions à l'égard de l'agresseur, prises à l'extérieur de l'école. Mais il faut aussi se préoccuper du suivi. Si la victime ne change pas d'école, il faut définir des règles de vie et en commun de la victime et de son agresseur; - l'importance du climat d'école: il assure une information du personnel enseignant et éducatif. La force du racketteur, a-t-on dit, réside dans le silence de la victime; - quant à l'accompagnement de la victime et à l'information des familles: assurer l'écoute de la victime par une personne désignée dans l'école, c'est bien! Mais pourquoi ne pas signaler aux enfants qu'en cas de besoin ils ont la garantie de l'écoute de toute personne en qui ils auraient confiance; - il est fait allusion à la solidarité qui devrait exister entre les enseignants, souvent dévalorisés, et les familles, souvent dévalorisantes pour l'enseignant. Ainsi le règlement interne de l'école doit être légitimé par tous, y compris les parents; il ne faut pas oublier non plus la possibilité de "micros violences" par les enseignants eux mêmes, J'ajoute: "pourquoi cette restriction quant à cette violence, de type d'ailleurs institutionnelle"?; - il y a une importance capitale dans le fait pour l'enseignant de savoir prendre ou perdre du temps pour "écouter" les phénomènes sous-jacents pressentis dans le groupe classe et - s'il le faut - faire fi de la matière le temps nécessaire. L'un des représentants des ministres - nous en avions deux -, en reconnaît la possibilité en application du décret mission; dans le même ordre d'idées, savoir reconnaître ses propres limites. Toujours dans le même ordre d'idées, installer une cohérence dans les attitudes montrées par toute l'équipe éducative; l'emploi du temps des enseignants ne permet pas suffisamment de s'attacher aux autres problématiques que celle des apprentissages et des évaluations, et ceci concerne tant le secondaire que le primaire: à méditer! On ne restaurera pas l'autorité du maître d'école comme cela existait dans le temps (ceci est parfois exprimé avec regret!). Mais il faut reconnaître la nécessité d'une autorité claire dans l'école; on peut (on doit) critiquer la multiplication des réformes qui fait un peu "perdre la boule" aux enseignants. Il est impératif d'accorder à la communication une place fondamentale dans le fonctionnement de l'école. La coordinatrice des services de médiation en milieu scolaire de la communauté française a enfin insisté sur: - Le statut accordé à la parole par l'école en général, et sur la confiance accordée par l'école à la parole de la victime. Ceci est à entendre comme affirmation autant que comme question! - La stigmatisation fréquente par l'école de la famille de l'élève victime du racket, d'où l'importance majeure de la définition d'un statut clair des familles dans l'école qui doivent être informées des réactions de l'école en cas de violence de l'élève. - La nécessité d'une préparation fine des opérations de prévention à organiser dans l'école, pour éviter des violences involontaires vis à vis d'élèves plus fragiles. Troisième point. Puisqu'il s'agit ici d'une carte blanche laissant la place à des opinions plus personnelles et que je suis à présent délivré du devoir de réserve lié à mes fonctions antérieures, qu'il me soit permis d'égratigner quelque peu tel représentant du pouvoir politique. Il affirmait au cours de l'atelier que, d'après une récente étude à propos de la "victimisation" à l'école, le nombre réel de cas rencontrés de racket serait peu élevé et en baisse récente. A mon avis, il feint ignorer l'existence d'un "chiffre noir" en la matière. Il agit ainsi de la même manière suivant laquelle le phénomène "drogue" a si longtemps été tenu sous le manteau, alors qu'elle existait dans tellement d'écoles. Et alors qu'il reconnaissait aux enseignants la faculté de "perdre du temps" avec la matière à enseigner, son ministre voulait ouvrir des écoles pour "surdoués" (et d'ailleurs aussi des écoles pour – disons-le pudiquement – "élèves très en difficultés"), dans le même temps qu'il laissait les écoles dont il a la charge en panne d'un personnel éducatif et parascolaire en nombre suffisant pour encadrer efficacement la violence à l'école… Je vous remercie.
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