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Modérateur: M. Lagneaux, éducateur spécialisé à l'AMO « Carrefour » J à Wavre. Personnes ressources : L. Delfosse, Chef de sécurité « B-Security » SNCB ; L. Dhondt, criminologue au sein de la section jeunesse de la police locale d'Ottignies ; F. Wiliquet, chef de poste de la SPC Police ferroviaire à Namur ; R. Dubois, responsable du service contrôle et vigile aux TEC Charleroi. Les transports en commun ne sont plus une facilité mais bien une nécessité pour une majorité de jeunes. Les moments de grande affluence en font des endroits privilégiés pour la pratique du racket. L. Dhondt Il faut comprendre le phénomène via le lieu. Les jeunes se rejoignent dans des lieux fixes. Mais il existe aussi des lieux mobiles comme les bus, les trains, les métros, etc. Cette mobilité rend les choses difficiles, comment agir de manière efficace ? Il est impossible d'être partout à la fois. La police procède parfois à des opérations de grande envergure comme boucler la gare d'Ottignies et vérifier les identités des personnes. La police doit de temps à autre s'afficher en nombre pour montrer son existence, remettre au centre sa visibilité pour rendre l'ordre dans la société, faire un rappel de la loi. Mais comment amener ces symboles d'ordre (agent de sécurité, police, etc), comment en mettre suffisamment à la vue de tous ? Il est impossible de contrer le phénomène de racket par le nombre ; le lieu est trop peu défini, trop vaste, trop mobile.
Pour L. Dhondt, les territoires sont des zones de non-droit. Il faut donc rendre le droit, l'humain, reprendre possession des lieux. Des policiers en uniforme/civil appliquent régulièrement la « technique de l'emmerdeur » : ils suivent des bandes de jeunes connues, sans intervenir, mais leur seule présence met en garde les jeunes que le droit doit être respecté. La police mène des actions ciblées par rapport à des faits ou des lieux, mais également des interventions de manière aléatoire, afin de ne pas donner l'impression que les lieux sont délaissés par moments. R. Dubois La lutte contre la violence envers les chauffeurs et voyageurs a été déclenchée par les syndicats et les chauffeurs. Ce déclenchement a permis le développement de moyens techniques comme : - des radios performantes (appels silencieux) En parallèle de ces développements techniques, la visibilité a été accrue dans les endroits de grande affluence par l'engagement de vigiles, d'agents de gardiennage internes, englobé dans le plan de sécurité de Charleroi. Cela n'a pas suffit, car la criminalité s'est déplacée alors aux abords. Des agents d'accueil et de sécurité ont été engagés afin de donner un meilleur sentiment de sécurité aux utilisateurs. Depuis quelques mois, un système GPS a été mis en place. Les bus peuvent ainsi être situés à chaque instant. Quatre équipes de deux hommes sont disponibles pour la surveillance et l'aide aux chauffeurs et voyageurs. Le TEC met aussi sur pied des actions coup de poing avec la collaboration des services de police dans les endroits stratégiques et dits plus chauds ; ceci, par le contrôle de titres de transport mais aussi d'identité. L. Delfosse Le plan sécurité consiste à repérer les éléments objectifs rapportés par le personnel, le gardiennage et la police ferroviaire, voir les endroits à risque afin d'orienter les actions. La stratégie a été modifiée il y a peu de temps. La sécurité regroupe 300 personnes pour l'ensemble du réseau belge. Tout le personnel est équipé d'un GSM et une centrale d'appels a été mise sur pied afin de centraliser tous les appels à l'aide des membres de la SNCB, que ce soit pour un membre du personnel ou un voyageur. Cette centrale fait intervenir l'autorité correspondante : service de sécurité ou police. En 2003, elle a enregistré 25.000 appels de la part de cheminots. La police est avertie de faits graves ou lorsqu'il y a récurrence. Dans les autres cas, la victime est invitée à porter plainte. Le réseau est découpé en 18 régions de voyageurs. Pour chaque région, 2 agents de sécurité circulent dans les gares, les trains et aux abords. Mais force est de constater que les problèmes apparaissent aux mêmes heures en des endroits différents. C'est là que la centrale d'appel revêt aussi toute son importance, afin de permettre des interventions optimales. Un nouveau système de caméra de surveillance - Malaga - est développé dans certaines gares telles que Midi, Schuman, Luxembourg et Ottignies. F. Wiliquet Son service a un rôle préventif, dissuasif. Dans les trains dits à risque, ce sont des équipes de 2 à 4 hommes qui se déplacent. Mais il est évident qu'il est difficile de se déplacer aux heures de pointe, au moment où il y a une majorité d'étudiants. Son service se réalise en partenariat avec le service de L. Delfosse, la sécurité de la SNCB. Discussions : Question 1 Monsieur Marrit, préfet de discipline dans un établissement de Wavre reçoit des confidences de victimes ou d'amis de victimes empruntant les transports en commun. La difficulté rencontrée par les victimes dans les transports en commun, en opposition aux faits commis dans les murs d'un établissement, est l'anonymat. Les victimes ne savent pas à qui s'adresser ; or il est important qu'elles parlent directement, c'est au moment où l'acte vient d'être commis que la victime est la plus portée à parler. R. Dubois répond : Le chauffeur peut encadrer la victime, transmettre la requête et envoyer des vigiles. Le service prend la victime en charge et la conduit au poste de police pour le dépôt de la plainte. L'anonymat est important pour les racketteurs, ils continuent leurs activités dans un lieu tant qu'ils ne sont pas identifiés. S'ils sont identifiés, le nouveau problème qui se pose aux agents de sécurité est la mobilité de ces individus. Certains racketteurs se calment à 18 ans car ils se rendent compte qu'ils vont être considérés comme responsables de leurs actes, et non plus leurs parents. Question 2 L'aspect de mobilité dans la délinquance. La prévention doit jouer un rôle important ; certaines campagnes de prévention sont lancées par le cabinet du ministre ou propres à la STIB. Par exemple, la STIB entretient des contacts avec des associations de quartier, la police locale, les établissements scolaires : il faut impliquer le jeune par rapport à son milieu. A De Brouckere, la STIB travaille avec Promo-Basket, une association qui accueille les jeunes en décrochage scolaire. A Madou, des mamans africaines font des tournées accompagnées, car elles sont le repère dans la famille et ont une certaine influence auprès des jeunes. Mais toutes ces actions doivent aussi comporter un volet « suivi de ces jeunes ».
Les transports en commun sont un milieu particulier : il y règne un sentiment d'insécurité alors que cette insécurité n'est pas réelle, le nombre d'agression n'est pas élevé. Le racket est surtout présent dans le métro, et concerne notamment les gsm. La STIB travaille en collaboration avec B Security, TEC et De Lijn sur la sécurité de leur infrastructure ; ils ont développé un projet d'Arrêté Royal clarifiant les compétences en matière de sécurité ; afin de déterminer jusqu'où peut aller une intervention. Une réunion mensuelle se tient aussi avec les corps de police pour discuter entre autres de cette question. Lors d'interventions, l'utilisation des menottes est préconisée par la STIB afin de maintenir le contrevenant. Un autre difficulté se présente lorsque des passants qui n'ont perçu qu'une partie de l'incident s'indignent des méthodes utilisées. Les jeunes s'organisent par clan mais aussi par territorialité. La STIB travaille à reconquérir son territoire, à rendre visible ses règles, par exemple : entrer par devant dans les bus, fermer les stations de métro jugées trop ouvertes. Le débat est clôturé principalement autour de l'idée que le manque de citoyenneté donne libre cours à la violence de certaines personnes. Il faut travailler cette citoyenneté, afin de déclencher une réaction collective. Tout un chacun devrait pouvoir s'élever contre la violence là où il se trouve. Constats et considérations, par Marc Lagneaux En matière de racket dans les transports en commun, comment réagir à des lieux et des jeunes mobiles? La première réponse qui s'impose est de proposer de renforcer la présence d'agents garants de la sécurité dans un maximum de lieux. A ce niveau, nous pouvons relever que dans tous les transports en commun, il existe un représentant de l'autorité, le chauffeur pour les bus ou les trams, l'accompagnateur de train, le chef de gare sur les quais, ... "Impossible pourtant d'arriver à continuellement tout sécuriser !" nous disent les acteurs de terrain. Il faudrait pour atteindre cet objectif un staff tout à fait démentiel de plusieurs milliers d'hommes. Alors, la technique vient à la rescousse. Au niveau du TEC et de la Stib, les bus sont équipés de caméra, le chauffeur peut rentrer en contact à tout moment avec le service de sécurité et le bus est toujours rapidement atteignable grâce à un système gps, .... A la SNCB, l'accompagnateur de train peut aussi directement contacter le service de sécurité capable d'intervenir sur le train, une carte des réseaux à risques a été réalisée et certains trains sont accompagnés de maître chiens, ... Autant de dispositifs tournés vers le contrôle et la répression des éventuels fauteurs. Mais là aussi deux constats s'imposent. Tout d'abord, la technique présente ses limites et est même présentée comme un facteur facilitateur d'insécurité dans le cas, par exemple, de station de métro entièrement automatisée, sans présence d'un guichetier (en d'autres termes d'une autorité humaine). Ensuite, les moyens techniques mis à disposition de l'éventuel victime pour trouver assistance sont pauvres, voir dissuadants lorsqu'il s'agit de casser la vitre d'un bouton d'alerte ou d'arrêter un train. Or, l'hypothèse est faite que pour agir efficacement sur une situation de racket, il faut pouvoir offrir une réponse satisfaisante à la victime sur le moment de l'agression. Une réponse humaine ! Comment sortir de l'impasse? D'un coté il n'y aura jamais assez de personnel pour encadrer continuellement tous les lieux à risques, et d'un autre coté la technique est limitée lorsqu'elle essaie de palier au manque de présence humaine sur le terrain. La STIB apporte une première ébauche de réponse: en leur sein ils disposent d'un service de prévention qui travaille en partenariat avec les écoles, les associations et les divers représentants des quartiers qui jouxtent les stations de métro. Les autres sociétés organisent également des réunions, mais uniquement entre professionnels du transport et services de polices. L'optique étant également là de renforcer le processus sécuritaire. En conclusion, la problématique du racket en particulier et de la violence en général ne laisse pas indifférente les sociétés de transports en commun, loin de là. D'important moyens, financiers et techniques, sont apportés pour tenter de dissuader et d'attraper les fauteurs. Moindre, cependant, est la priorité accordée à une politique de prévention et de partenariat avec les différents acteurs qui se retrouvent à tenter d'intervenir sur la même problématique avec les mêmes usagers et parfois dans les même lieux ! Finalement, et ce n'est qu'un constat trop réel à tous niveaux, ici aussi le parent pauvre reste la victime et sa prise en charge immédiate. Pistes Les réunions de concertation qui se déroulent à un niveau fédéral, pourraient être organisées à un niveau local et être ouvertes aux écoles, aux associations de terrain.... Les actes citoyens face à une agression ne sont pas légion courante. Cependant lorsque quelqu'un veut réagir, ce n'est pas évident pour cette personne de savoir comment le faire et à qui s'adresser. Ne serait-il pas judicieux d'une part de sensibiliser les travailleurs des transports en commun à l'écoute de l'usager et d'autre part d'éditer un vade mecum à l'usage du citoyen témoin? Les moyens accordés au répressif sont nombreux. Serait-il imaginable d'allouer une partie de ces moyens à une campagne de prévention, réaffirmant par exemple le rôle d'autorité du chauffeur de bus, de l'accompagnateur de train,... et son pouvoir d'aider l'éventuelle victime (en l'écoutant, en appelant les services de sécurité, en lui expliquant à qui s'adresser,...)? Cette action aurait un double effet, offrir une information à une éventuelle victime et d'autre part montrer aux agresseurs que les lieux qu'ils occupent ne sont pas dénués de présence adulte.
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| C'était le plus petit atelier en terme de nombre d'inscrits mais certes pas le moins intéressant. Il est dommage qu'il n'y ai pas eu plus de travailleurs sociaux inscrits à cet atelier pour nous faire part de leur expérience sur le terrain. C'était un atelier d'autant plus intéressant qu'il m'a permis de me rendre compte que les personnes travaillant pour les transports en commun (le TEC, la STIB, la SNCB) étaient fort confrontées et interpellées par le phénomène du racket et qu'ils tentaient d'y remédier à travers différentes actions. J'ai soulevé 3 points qui m'ont paru parmi les plus importants que j'ai envie de partager : - Les travailleurs sociaux ou autres, souvent dans l'ignorance, s'interrogent beaucoup sur les différentes stratégies mises en place par les transport en commun. Il y a une réelle volonté de la part du personnel de ces transports en commun de partager sa propre expérience (actions, stratégies mises en place...) avec d'autres personnes confrontées à la réalité du racket (travailleurs sociaux, police, écoles,...) et de permettre ainsi le travail en réseau. - Le côté répressif est fort utilisé dans ces différentes actions et stratégies tandis que la prévention est quelque peu laissée en suspend. Il a été constaté que l'ensemble des mesures répressives prises n'ont fait, la plupart du temps, que déplacer le problème du racket. Mais une question subsiste : est-ce que les travailleurs des transports en commun ont des moyens pour lancer des actions de prévention ? Est-ce que c'est leur rôle ? - Les actions de prévention dans les transports en commun ont tout de même été abordées. L'idée serait de réaliser une campagne d'affichage dans les trains, bus, trams, métro... sur le racket. Il s'agit là d'un travail de prévention qui permettrait de faire réagir les citoyens face à ces évidences (c'est à dire ne plus laisser le pouvoir aux racketteurs mais aux voyageurs).
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