Personne ressource: Jean-Marc Olislagers, Formateur indépendant, Spécialisé dans les problématiques d'intimidation et de racket.

Intervention de Monsieur Olislagers

Cette intervention est une proposition et non une recette.

M. Olislagers s'occupait de violences scolaires. Il n'était pas préparé à être confronté à cette violence. Il s'est senti interpellé et s'est intéressé au processus d'intimidation (au niveau moral). Ses conclusions sont le fruit de réflexions collectives.

Pour lui, la lutte contre l'intimidation morale s'appuie sur 3 axes fondamentaux :

1) Il faut nommer les choses avant qu'elles n'arrivent.

Le contexte socio-économique pousse les directeurs d'école à nier le racket : il est difficile de mentionner dans son programme : « nous avons des procédures en cas de racket dans l'école » car cela provoque une peur de perte d'inscriptions. Or pour faire de la prévention, il faut nommer les choses avant qu'elles n'arrivent. Dès le premier septembre, tout personne de l'établissement devrait être informée du programme et des procédures de lutte contre l'intimidation et le racket à l'école.

Si l'on se contente de réagir au lieu de prévenir, on risque d'agir dans l'urgence ; ces réactions peuvent être pertinentes ou hors propos. La prévention est nécessaire pour éviter ces écueils.

C'est l'accumulation des démarches (avec les travailleurs sociaux entre autres) qui permettra d'aboutir à un résultat.

2) Il faut veiller à une appropriation correcte du concept, du règlement.

En psychologie, dans tout développement, on parle du processus d'apprentissage, c'est-à-dire l'appropriation de la règle. Il ne suffit pas d'énoncer une règle, il faut l'intégrer.

Pour ce faire, des enquêtes basées sur la rigueur des enquêtes sociologiques classiques sont diffusées. C'est un recueil qui permet de mesurer le sentiment de sécurité, non les faits. L'enquête est distribuée aux étudiants et au personnel de l'établissement.

3) Il faut veiller à l'application du règlement.

Richelieu disait : « Si vous fabriquez une règle et que vous ne l'appliquez pas, vous autorisez le fait. »

La difficulté dans certains établissements réside dans la confusion qui existe entre les différents rôles et statuts. La même personne ne peut pas être à la fois celle qui dit la loi, qui a la fonction de thérapeute et qui est le relais avec les aides appropriées. Il faut rendre à chacun sa place.

Cette application du règlement se fait par une procédure et des mesures :

- La procédure implique la cellule de traitement - ensemble de personnes qui veillent à ce que la procédure se déroule de A à B, ce n'est ni une cellule thérapeutique, ni judiciaire - et l'autorité interne compétente - le préfet de discipline ou le chef d'établissement, la personne habilitée à dire la loi. Il faut que la victime et l'auteur se rendent compte qu'ils sont dans un jeu relationnel qui tombe sous le coup de la loi.

- Les mesures doivent d''une part permettre aux acteurs de la relation de pouvoir modifier cette relation; cela peut passer par une formation à la relation et à l'écoute. D'autre part il faut une consignation des faits et personnes impliquées; dans certains cas, le SAJ ou le tribunal peuvent être des partenaires potentiels qui sont malheureusement trop souvent disqualifiés - à tort ou à raison.

Discussion

Il règne au sein du personnel enseignant et encadrant un certain fatalisme, ce qui freine les prises de risques. Il faut développer des projets communs dans les établissements, profiter des assemblées générales ou conseils de participation pour exposer ces projets et mobiliser le personnel. Cette tâche n'est pas réservée à la direction de l'établissement, tous doivent y aller de leur initiative.

Ces projets institutionnels demandent du temps, il est nécessaire de déjà y penser en mai de l'année scolaire précédente. Il faut utiliser le vécu de cette année en cours comme base au projet, sinon ces problèmes ne sont pas résolus et se réinjectent l'année suivante. Il faut discuter des événements de l'année écoulée, autant des progrès que des difficultés rencontrées. L'école doit avoir une politique globale, ne pas oublier les problèmes existants lorsque de nouveaux problèmes surgissent.

Il faut un accueil 365 jours par an. Le professeur ne doit pas se substituer au psychologue mais on peut reconnaître que l'enseignant a les compétences de base pour donner sa matière mais aussi pour gérer un groupe : l'étude des communication verbale et non-verbale est importante.

L'attitude des adultes face aux jeunes est aussi très importante. L'adulte, par certaines attitudes parfois inconscientes, renforce le côté faible de certains et les expose ainsi à l'intimidation future ou au racket. L'adulte doit être attentif à ne pas disqualifier les jeunes, ce peut avoir de fâcheuses répercussions. Il en va de même avec le commérage.