C'est avec plaisir et intérêt que j'introduis ces deux journées d'échanges et d'interpellations sur le thème du racket.

Tout d'abord, laissez-moi vous dire que je pense déjà pouvoir répondre à la question qui est posée par les organisateurs de ces journées : « le racket : fatalité ou mobilisation ? ». En effet, il me semble que la présence de chacune et chacun d'entre vous montre clairement que c'est la mobilisation qui prend le pas sur le fatalisme face à cette problématique du racket.

Dans notre entourage personnel, le phénomène de violence semble se manifester de plus en plus. Il est certain que, dans la population en général, on recourt plus vite, plus facilement à des modes d'expression violents. La société toute entière est devenue plus violente. Mais la violence des jeunes n'est pas en décalage de celle des adultes.

Cette violence est présente sous différentes formes et à tous les niveaux : la société du « tout, tout de suite » ne favorise pas la patience, la tolérance, le doute, la réflexion…Faire la file devant un guichet ou à la caisse d'un grand magasin est ressenti comme une violence et l'on est davantage habitué à rencontrer dans ces circonstances, des gens qui grognent, qui râlent, qui s'énervent que des gens qui prennent leur mal en patience et qui sourient… C'est dans ce contexte que viennent s'insérer agressions verbales, agressions physiques, dégradations de biens et rackets.

Ce n'est un secret pour personne, aucun établissement n'est à l'abri de ce phénomène, de la maternelle à l'école secondaire, et la loi du silence est la meilleure alliée du racket. Aujourd'hui, cette violence est mieux connue et davantage dénoncée. Parce qu'on en parle, on hésite moins, en effet, à porter plainte.

C'est pourquoi je pense qu'il faut accorder une grande attention à la communication et à l'échange sur ce sujet. En parler, et impliquer les jeunes dans ce débat. Ces deux journées de réflexion vont dans ce sens et multiplier ce type de démarches contribuera à la mobilisation de tous. C'est pourquoi j'y ai apporté mon soutien et je souhaite continuer à le faire à l'avenir.

En tant que Ministre des Affaires Intérieures, cette problématique me tient particulièrement à cœur et concerne directement mes compétences.

En effet, le racket n'est pas seulement un problème d'école, c'est aussi un problème de ville. Le racket dans la rue, dans les transports en commun, dans les infrastructures sportives, cela existe et cela dépasse les frontières des cours de récréation.

Il serait réducteur de circonscrire le problème dans les murs de l'école. Prendre en compte cet aspect du problème, cela implique que l'ensemble des acteurs de la ville prenne ses responsabilités. Tant l'autorité communale que les services d'aide et de prévention spécialisés ont un rôle à jouer pour lutter contre ce phénomène. Et il est extrêmement important qu'ils collaborent, qu'ils s'accordent pour mettre ensemble leurs complémentarités au service de la lutte contre cette forme de violence.

Cette collaboration entre les acteurs concernés, qui me paraît essentielle, est un des éléments-clé du décret relatif à la prévention de proximité, que j'ai présenté au Parlement wallon il y a quelques mois et qui a été voté le 30 mai 2003.

Concrètement, ce décret octroie aux communes l'équivalent de 600 emplois temps-plein. Des actions de lutte contre la toxicomanie, d'écoles de devoirs, d'encadrement de jeunes délinquants, d'animation sociale des quartiers, d'alphabétisation… sont ainsi durablement renforcées.

Dans le cadre de la mise en œuvre de ces actions de prévention, un accent tout particulier a été mis sur la concertation entre les différents services et acteurs impliqués par la prévention de proximité, sur le territoire de la ou des communes concernées, et sur la complémentarité des actions développées avec les éventuelles actions menées par les autres acteurs, publics ou privés. 

Ce décret s'inscrit dans le cadre plus large du Plan ZEN. Ce plan permet de mobiliser les moyens nécessaires pour permettre aux habitants des villes et communes de Wallonie de vivre dans un environnement serein et tranquille.

En effet, il est incontestable que le sentiment de sécurité est aussi fonction de l'environnement dans lequel on vit, on travaille ou encore on se déplace. Des expériences ont également démontré la forte corrélation entre d'une part un aménagement urbain propre, bien éclairé, et d'autre part le sentiment de sécurité.

Aussi, d'importants moyens financiers (30 millions d'euros en 2003, soit + 30% par rapport à 2002) ont été débloqués pour améliorer la sécurité dans les quartiers. Sur le terrain, ces moyens ont permis d'acquérir du matériel de propreté publique, mais également d'améliorer l'éclairage public, de sécuriser les abords des écoles, d'installer des plateaux ralentisseurs et des feux clignotants,…

Enfin, et j'en terminerai par là, s'il est un élément fondamental à mes yeux dans la lutte contre le phénomène qui sera abordé durant ces deux journées, il tient sans doute en un seul mot : respect. Le respect est un sentiment qui doit se former et que nous avons tous à apprendre et à exercer, à l'école et partout ailleurs. Le respect mutuel, la reconnaissance de tous par tous, mais aussi le respect de la loi et des règles. La pire violence que nous pourrions exercer sur les jeunes serait de leur faire croire que les lois et les règles sont optionnelles, qu'on peut y déroger au gré de ses intérêts. Nous avons tous des devoirs et obligations. Cela doit s'apprendre dès le plus jeune âge.

Je suis persuadé que nous pourrons faire reculer le racket si, par le respect, nous savons redonner confiance aux jeunes, confiance en eux-mêmes, confiance dans leurs formidables potentialités, et si nous savons aussi mieux faire confiance aux jeunes en leur laissant prendre des initiatives.
Faire réfléchir et faire agir les élèves, en particulier les plus jeunes, sur la violence dont ils peuvent être victimes et auteurs apparaît, aujourd'hui plus que jamais, comme une exigence.