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Donc aujourd'hui, ce n'est pas une grande messe, c'est plutôt l'aboutissement d'une réflexion qui a été menée à long terme, ensemble avec toutes les personnes qui sont interpellées par un problème grave puisqu'il s'agit, vous l'avez bien dit monsieur l'Echevin, de l'abus de pouvoir d'un être humain sur un autre. Cette approche multi sectorielle, où on retrouve école, aide à la jeunesse, milieu judiciaire, contrat de prévention, c'est une dynamique riche et porteuse. Je pense, d'ailleurs, que le Conseil d'Arrondissement du Brabant wallon la développe depuis quelques années, je pense vraiment que c'est à souligner. Les actes de racket sont des actes qui doivent être absolument pris au sérieux par chaque adulte en confrontation avec ces situations. Qu'il s'agisse du parent qui, par exemple, constate à la maison que son enfant détient un objet dont l'origine est inconnue, que ce soit par les enseignants qui reçoivent la plainte d'un élève par exemple, mais que ce soit aussi de la part du simple témoin. L'absence de réactions peut souvent donner implicitement l'autorisation de recommencer à l'agresseur, ou un sentiment très clair d'abandon à la victime. Un exemple : j'ai récemment organisé une projection suivie d'un débat du film « Eléphant » dont on parle beaucoup ; et bien ce film dénonce entre autres, le fait que la non réaction de dénonciation de harcèlement à la direction de l'école va mener certains élèves à une réaction d'une violence inouïe et qui n'est évidemment pas comparable. Mais là aussi c'est peut-être une des causes, c'était un harcèlement non entendu, pas de réaction. Il faut donc une réaction au racket, une réaction ferme ce qui ne veut pas dire évidemment qu'il faut prendre automatiquement des dispositions radicales telle que l'exclusion par exemple. Mais entre le déni de l'acte et la négation de l'auteur il y a évidemment une foule de réactions possibles et c'est dans ce champ-là qu'il faut travailler. Alors, en matière d'aide à la jeunesse, je pense que la meilleure manière d'intervenir c'est d'aborder les choses par le biais de la prévention générale. Le curatif peut évidemment lui aussi intervenir, lorsque les faits se sont produits pour minimiser l'impact à la fois sur la victime mais pour travailler l'impact sur l'auteur aussi. Mais, je pense évidemment qu'il est toujours favorable et plus intéressant de travailler à la prévention. En bref, la prévention générale en aide à la jeunesse vise à travailler, depuis la source, à la réduction des violences subies, parce que ces violences entraînent le plus souvent une réaction de violence aussi de la part du jeune, qu'elle soit tournée vers lui même ou vers les autres. Qu'est-ce que sont les violences subies? Ce sont d'abord les violences invisibles, institutionnelles: par exemple le fait d'être en décrochage scolaire, de vivre dans un logement indigne, d'avoir des parents qui n'ont pas accès à l'emploi, mais c'est aussi la violence réelle physique, tangible, concrète: maltraitance, négligence, agression, et donc le racket se situe clairement aussi dans ce champ là. La prévention générale peut donc vraiment y trouver un champ d'action. Dans le cadre de la prévention, il faut aussi rappeler et c'est un préalable que vous avez souligné, Monsieur l'Echevin, les règles, les lois, elles ne font sens que si elles s'incarnent dans la chair de chacun, donc si elles sont énoncées clairement d'abord. Les règles de vie ne sont respectées que si elles sont élaborées ensemble, quel que soit l'âge des jeunes, autrement dit, le respect de l'autre n'est pas inné et la vie en groupe génère par elle même des frustrations, des tensions, de l'agressivité et il faut apprendre à vivre avec ça. C'est tout un travail à construire au sein de chaque école, de chaque classe qui permettra d'élaborer, ensemble, à partir de règles fondamentales régissant tout groupe, la manière dont ce groupe va garantir et organiser ce respect. Une des règles fondamentales, évidemment, c'est qu'on ne porte atteinte ni au corps ni au bien d'autrui. Une fois qu'on a fait tout ce travail au sein d'un groupe, il faut envisager, ensemble, comment le groupe s'organise et quels seront les conséquences précises et connues en cas de transgression. Même si chacun doit participer, l'adulte reste bien entendu le référent du cadre. Dans cette perspective, on soutient déjà en aide à la jeunesse toute une série de projets pilotes mais aussi en promotion de la santé parce que l'approche préventive est fort semblable, avec le souci de prévenir la violence à l'école en s'appuyant non pas sur la peur de la sanction - parce qu'elle ne suffit pas ou ne suffit plus, en tout cas elle n'est pas suffisante - mais plutôt par l'initiation d'un autre type de relation que le rapport de force. Quelques exemples, rapidement, qui montrent qu'on peut effectivement développer dans la commune de Wavre ou dans l'arrondissement du Brabant wallon des actions de prévention générale. D'autant plus qu'à partir de l'année prochaine, les moyens qui y sont consacrés grâce au refinancement de la Communauté française vont être doublés et seront quadruplés à l'horizon de 2010. Quelques exemples, donc: à Grez-Doiceau pas très loin d'ici, on a développé un atelier en communication non violente dans les écoles maternelles et primaires et je pense qu'il faut commencer très tôt dans certains lieux de vie, très tôt à réapprendre ces règles de vie en groupe. Infor jeunes Luxembourg a édité une brochure qui s'intitule: « tes droits et tes devoirs noir sur blanc », c'est un projet d'information destiné aux jeunes entre 16 à 18 ans. Mais, ce qu'il y a de particulier dans ce projet, c'est qu'on a créé une animation tout à fait ludique qui permet de découvrir le contenu de la brochure et cette animation se développe dans les écoles secondaires, les internats, les services AMO et les maisons de jeunes. A Bruxelles, il y a eu tout un travail sur la gestion de l'absentéisme scolaire telle qu'il est signalé au SAJ (service de l'aide à la jeunesse) et sur les prises en charge SAJ qui peuvent en résulter. C'est un projet qui est d'ailleurs co-financé par le Ministre de l'Enseignement secondaire Monsieur Hazette et moi-même, donc je pense que le travail inter sectoriel, on ne doit pas le réclamer seulement du terrain évidemment, il est évident qu'au niveau politique, surtout dans un pays aussi complexe que le nôtre, la transectorialité doit exister aussi. L'AMO de Huy « Mille lieux de vie » a travaillé sur une collecte de tous les projets de prévention qui sont menés dans les écoles parce qu'on y retrouve évidemment des éléments communs. Ils ont travaillé sur ces éléments communs, ils en ont fait un CD rom qui va être distribué à tous les établissements primaires et secondaires, de façon à ce que chaque promoteur de projet puisse s'inspirer de ce qui existe déjà et trouver peut-être des règles ou des approches intéressantes, des éléments constitutifs intéressants. Un autre exemple encore, à Sambreville, une AMO également travaille à l'optimalisation de l'accrochage scolaire dès le niveau maternel, en vue de favoriser l'égalité des chances concernant l'obligation scolaire dès le primaire. Voilà, je crois que vous pouvez le constater à la lecture de ces quelques exemples, on ne refait pas le monde, on met des choses en pratique et on tente de concrétiser des principes qui sont finalement assez basiques: l'écoute, la créativité, la participation, la responsabilisation de chaque partenaire et non le déni ou la minimisation des problèmes ou la répression excessive. Ce qui caractérise ces projets, comme cela caractérise votre journée, c'est le souci et la volonté d'acteurs qui sont liés à l'enfance et à la jeunesse de travailler ensemble pour le bénéfice d'individus mais aussi pour le bénéfice de la collectivité. Je crois qu'il n'y a pas de recette miracle face à des problématiques telles que le racket, mais je ne doute pas, par contre, que c'est ce travail transversal qui fera levier pour plus de lien social et moins de violence. Donc, je vous souhaite une excellente deuxième journée de travail et je me réjouis de recevoir les actes de vos réflexions. Je pense qu'elles seront aussi utiles en d'autres lieux de la Communauté française, merci.
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